En attendant, patientez !
Par Magson de Pazou le samedi, juin 26 2010, 15:14 - Société - Lien permanent
[Prélude
http://www.youtube.com/watch?v=u4hbQj8NK1g]
J'adore le peu de vie qui me reste encore à vivre pour oser attendre. Attendez, attendez toujours. J'ai une fois rencontré un congolais qui s'appelait Patience. Il ne savait pas que ses parents l'avaient marqués avec un tel prénom. Je crois qu'il patiente encore pour passer chef d'équipe. Il l'était, comment ils disent déjà ? ... Ah ! Technicien de surfaces. Patience.
J'ai donné 9 mois à la patience, je suis sorti, le reste m'appartient. Les salles d'attente, les lobbies, les entrées, les vestibules, je laisse ça aux chiens. Attendez et espérez devenir quelqu'un dans une autre vie. Ashia !
Combien de noirs et d'arabes j'ai vu devant la porte, à attendre, qu'on veuille bien leur ouvrir, leur accorder enfin l'accès aux postes à responsabilité ? Ils ne le savaient pas, ces gars, qu'ils se prénommaient aussi Patience.
Frérots, j'ai été dans des boîtes où il était écrit sur le front du directeur : Ici, un négro, ça se sert d'un balai. Au pire, ça sert du café !
Et quand je sortais des bureaux, dans les couloirs, devant une pièce nommée en général salle de réunions, combien de noirs j'ai croisés en costard, classe, rutilants comme les jantes de ma GT et si transparents aux yeux de ces DRH ? Ils patientaient. Avec leurs serviettes noires, leurs dents blanches, leurs fausses Rolex, leurs vrais visages, ils attendaient qu'on leur offre enfin un emploi anonyme, à la hauteur de leur CV.
A chaque fois que je reviens chez ces prospects ou ces clients, les bureaux sont toujours aussi blancs. Non, une fois, j'ai croisé une dame noire chez un grossiste, elle époussetait les bureaux. Très consciencieusement, elle devait s'impatienter car il y' avait mon contact qui m'entretenait sur son weekend en Camargue. Patience.
Oh, j'ai rien contre mes frères qui veulent percer. Percez. Je salue votre détermination. J'avais cru l'avoir aussi jusqu'à ma recherche de stages. De candidat idéal en candidatures spontanés, de lettres de motivation en mails de consolation, de rejets en refus, de faux espoirs en déceptions, j'ai donné. Croyez-moi, j'ai donné.
Qui sait ? J'aurais peut-être aimé patienter dans les salles d'attente, les couloirs de bureaux, devant les salles de réunions ?
J'ai rarement eu l'occasion de le faire car j'ai toujours reçu le même type de courriels.
Nous sommes au regret de ...
J'ai toujours aimé mon nom.
Et pour les regrets, n'en ayez pas, mesdames et messieurs ! Je vendais déjà des parfums et des jeans à vos mioches, cela me permettait d'assurer mes traites.
Pour la retraite, j'aurais eu besoin de vous. Mais à nos âges, c'est tellement loin et dans mon esprit, je ne l'ai jamais envisagé. Je n'ai jamais su patienter. Quel intérêt ?
- ça viendra un jour, regardez les USA, il y'a 40 ans les noirs n'avaient pas le droit de vote, aujourd'hui Barrack se torche le cul à la Maison Blanche !
C'est bien pour l'anus d'Obama mais je ne suis pas américain, je ne suis pas noir américain et je n'attendrai pas 40 ans pour compter. Je veux becter aujourd'hui et maintenant. J'ai le talent, les compétences plus que nécessaires pour faire fumer la fiche de paie.
Alors quel intérêt j'ai à attendre 40 ans qu'un péquin me mette enfin le pied à l'étrier ?
Quel avenir pour toi, noir de France, arabe de France, si ce n'est de la frustration et la sensation désagréable d'avoir raté ta vie professionnelle ?
J'ai refusé d'être aigri, de jalouser mes camarades blancs qui ont fusé vers les sommets quand je réévaluais mes projets de vie comme un cycliste à court de dope au pied du Mont-Ventoux. Normalement, d'après mes calculs, à ce stade j'aurais dû m'étrangler avec ma cravate tellement j'aurais rapidement gravi les échelons. Aujourd'hui, je mets rarement une chemise. Et pourtant, je mériterais d'en échanger toutes les heures.
Mais j'ai refusé d'être patient, d'être lisse, d'être bien, d'être présentable, d'être fréquentable, d'être un Harlem Désir de plus.
Harlem Désir. SOS Racisme. Ses parents souhaitaient-ils qu'il ait le désir de s'affranchir d'Harlem ou le désir de perpétuer l'esprit d'Harlem ?
Au bout du SOS, il est sorti du racisme. L'a-t-il sauvé ? L'a-t-il combattu ?
En tout cas, il a été patient, le neg'marrant. Maintenant, il becte, Solférino Désir.
Pour ma part, je vis toujours dans l'Harlem de France, le 93. J'ai toujours su que j'avais un destin. Je n'ai aucun mal à le vivre. Et le plus vite serait le mieux.
Mes négros attendent. Et les années passent, les emplois passent, les avancements passent, les collègues passent, les stagiaires passent, et ils attendent.
Que les consciences se conscientisent, que les mentalités évoluent. C'est ce que m'a dit une locataire de ma race un jour : il faut que les mentalités évoluent et tu verras, ça va changer.
Moi, je n'ai pas changé. La bêtise est une attitude que je partage parfois avec mes contemporains. J'ai vu la lumière et je suis entré, il y' avait des chiens qui frétillaient de la queue devant la porte. Aujourd'hui, ils doivent se la bouffer. Devant la porte.
Je n'attendrais pas une génération de plus. C'est désolant d'être considéré comme une sous-merde dans son propre pays. J'ai de la peine pour tous ces Karamoko, Fayçal et Coulibaly de France, sacrifiés sur l'autel du temps. Ils pensent avoir un avenir. Vous êtes condamnés à survivre toute votre carrière, connards.
Vous entrerez plus tard dans la vie professionnelle. Vous avancerez deux fois moins vite que vos collègues, souvent moins motivés et mieux notés. Vos périodes de chômage seront doubles en début de carrière, triples en milieu de carrière et indéfinis en fin de carrière. Vous ferez toujours partie des premiers qu'on déballaste. Vous ne finirez jamais PDG, encore moins directeur commercial ou marketing.
Vous ne connaîtrez pas seulement les plafonds de verre, mais aussi les murs de verre car vous serez auscultés et présumés inaptes à l'erreur et les sols en argile car, plus votre expérience se fera, plus vous vous enracinerez voire régresserez dans votre travail.
Ce que j'essaie de vous dire, les mecs, c'est que vous êtes partis pour une sinécure qui ne s'arrêtera que dans la mort et l'aigreur. Cette voie vous condamne à la frustration. Et moi négros, je veux commander. Je veux être responsable de mes échecs et de mes réussites. J'ai entendu trop d'histoires d'anciens bardés de diplômes, de compétences espérer un poste pendant des années et encore des années pour finir alcooliques, RMIstes ou gardiens de nuit.
Pour quelle satisfaction ? Avoir essayer ? Avoir failli réussir ? Avoir attendu ? Avoir foutu ses plus belles années en cloque pour des chimères ?
Il est important de récapituler pour les plus entêtés :
- Début de carrière à 28 ans minimum, 4 à 5 ans après vos camarades
- Jamais de postes à responsabilité majeure
- Postes de direction, Niet !
- Cantonnement aux tâches d'exécution, de support
- Progression si progression, très lente voire horizontale
- Frustrations et regrets perpétuels car vos stagiaires finiront par devenir vos supérieurs
- Durées illimitées de chômage, régression ou stagnation professionnelle
- Accidents fréquents de la vie et risques d'échec fortement démultipliés
- A 45 ans, employabilité inférieure ou égale à 0. Au mieux démarreriez-vous une carrière de gardien de parking
- La retraite rachitique puis la mort, un vrai soulagement
Bienheureux les croyants, qui y voient un chemin de croix, de foi... Un truc dans le genre. Bref un chemin. La dernière fois que j'ai trouvé une voie, je lisais des Tour de garde. Je m'intéressais au cul d'une Témoin de Jéhovah.
Alors, les conneries sur les épreuves qui fortifient l'âme, ouvre les portes du paradis et tutti quanti, je les sers à cette putain quand je lui remonte le soutif pour branler mon 17 entre ses 85 C.
Elle fait des projets. Elle veut que j'entre à la Poste.
Eh oui, elle m'a sorti un ultimatum de sa chatte l'autre soir :
- Si tu veux que je devienne la mère de tes enfants, c'est la Poste, Jésus ou rien.
- Je ne veux pas que tu deviennes la mère de mes enfants, ...Connasse !
Elle m'a alors embarqué dans des discussions sans fin. Elle paraissait énervée et a menacé de s'en aller.
- Chérie, si tu me quittes, tu risques de payer ton loyer
Elle m'a quitté le lendemain. Jéhovah est miséricordieux, il lui pardonnera.
La caillasse et les métiers intéressants, je les veux maintenant, pas demain, dans vingt ans, grâce aux évolutions de l'opinion publique. Et comme je n'ai rien à perdre en tant que noir, jeune, con, j'ai posé mes cojones sur la table. Vous devriez le faire aussi car comme moi, vous n'avez rien à perdre. Que peut-il vous arriver ? Des difficultés d'évolution de carrière ? L'échec ? Quoi ?
L'ampoule grillée n'a pas peur du court-circuit.
Mon pote Omar, le ramoneur de putes, a créé sa boîte. Bon, il bouffe dans les foyers Sonacotra, travaille comme un coolie et ne trouve plus le temps de baiser. Mais, c'est pour sa gueule. Qu'a-t-il à perdre ? Votre considération ? Le café, il est à lui. Le balai, il est à lui. Le bureau, il est à lui.
Désespéré de ne jamais percer alors qu'il est français, diplômé, bonne école de commerce, bonne bouille et un peu de talent, il attendait le grand soir depuis 9 ans. Son conseiller ANPE à force de rendez-vous, est devenu son meilleur ami et la seule fois où il a eu l'impression de décoller, c'était grâce au CNE.
Chef de produit dans une PME francilienne, il a été viré au bout de 7 mois quand le neveu du patron a décidé de devenir sérieux et ambitieux, dans l'entreprise familiale.
Parce qu'il est un mot aussi galvaudé que travail, c'est entrepreneur.
N'importe quoi est entrepreneur au prétexte de diriger. Les impostures se multiplient.
Tel fils à maman est entrepreneur parce qu'elle lui a cédé les rênes de sa société.
Telle fille à papa est entrepreneur parce qu'il a fait transpiré son chéquier.
Tel long crayon est entrepreneur parce qu'il a été placé à la tête d'une boîte cotée.
Tel affairiste est entrepreneur parce que son pote du ministère, lui a refilé des bons tuyaux.
Tel fonctionnaire est devenu entrepreneur parce qu'il s'occupait de bons tuyaux.
Tel autre con est devenu entrepreneur parce que l'État lui passe des commandes.
Ils sont tous entrepreneurs, sans jamais avoir rien créé. Mais vous devez vous incliner devant eux, lécher le sol à leur passage alors qu'ils ne sont que de pathétiques gestionnaires surpayés, de piètres héritiers bien entourés, de serviles clercs pratiquant des délits d'initiés, de sales affairistes bien informés, tous bien plus lamentables que les fonctionnaires qu'ils conspuent sans cesse.
Quand je regarde ces entrepreneurs français, je ne vois que :
- De la merde,
- De la merde,
- De la merde,
- De la merde,
- De la merde,
- Et encore de la merde.
Les vrais créateurs, eux subissent l'envahissement et les bassesses de ces plagiaires de l'entreprise et n'en tirent jamais les bénéfices. Comme des écrivassiers dans la littérature, ce sont des entreprenassiers.
Ils n'ont rien créé, ont tout copié, mendié, quémandé, payé et réclament le titre des titres.
Omar lui est un entrepreneur. Il a posé ses cojones sur la table, sans papa, son réseau, ses amis ou je ne sais quel confrérie de crétins. Il fallait qu'il le fasse. Il l'a fait. Il a entrepris pour ne pas mourir aigri.
D'autres ont décidé de s'expatrier. D'aller voir ailleurs puisque des ingénieurs, commerciaux, marketeux et j'en passe, ne sont pas assez dignes de travailler pour le pays qui les a formés. La France sème et les anglais récoltent. C'est l'Europe après tout, ce n'est pas si grave.
Là-bas, ils ne se posent pas de questions philosophiques sur la compétence. Peut-elle être crépue ou doit-elle être voilée?
C'est surprenant tous ces français d'origine africaine qui se fossilisent en France au lieu d'aller exister ailleurs. Vous avez le passeport passe-partout, une formation de qualité mondiale et reconnue, un statut, la jeunesse, l'envie...
Si les entrepreneurs français ne vous jugent pas assez bien pour leurs entreprises, pourquoi persistez-vous à travailler en France alors qu'on a besoin de vous ailleurs ?
Il n'y'a aucune honte à travailler hors de France. La France vous sera reconnaissante en plus de diffuser une bonne image de son système scolaire au monde. Vue la reput que lui a faite Attali, énarchie et co, vous ne pourrez que faire mieux.
Et puis, les universités de Seine-Saint-Denis forment près de 60000 étudiants issus des villes environnantes tous les ans. A votre avis, elles comptent vous caser où, si ce n'est à l'étranger ?
La plupart des diplômés, patients, rêvent de la Poste, s'occupent au McDo pour bien finir dans la sécurité, en attendant. En attendant que les mentalités changent.
Négro, as-tu peur du court-circuit ?
Magson de Pazou