Donnez-moi du vent, j'en ferai un moulin
Par Magson de Pazou le jeudi, février 11 2010, 21:36 - Société - Lien permanent
[Prélude
http://www.youtube.com/watch?v=92cwKCU8Z5c]
Toute la mesquinerie de l'époque se résume dans ce mot : mais. J'aime mais... Vous avez raison mais... C'est juste mais...
Le mais ne marque plus une nuance dans une argumentation, un raisonnement mais plutôt une absence totale de prise de position, une lâcheté crasse, une convenance sociale, un snobisme contemporain, un refus de cogiter, qui relègue les débats soit à des exercices d'acquiescements collectifs, soit à des bagarres de bouledogues affamés et drogués. Dans les deux cas, à plus ou moins long terme, l'échange est suicidaire pour n'importe quel intervenant.
Le mais insuffle au mieux le doute dans l'esprit du spectateur pour mieux annihiler les positions de son adversaire. Il ne complète jamais la réflexion, il l'annule. Simplement. Le mais est le dernier signe de soumission à l'opinion dominante, le cordon ombilical qui permet aux sceptiques, aux frileux, de rester encore accrochés aux valeurs véhiculées par l'opinion publique, mue par le strass et la servilité.
Et c'est ainsi que de sales plumitifs de l'époque esquivent les coups. Le vide intellectuel a corrompu même la volonté de défendre ses idées, aussi creuses soient elles, devant un cercle. On s'échappe avec des mais.
Je comprends mais je ne cautionne pas
Que fais-tu donc, connard ?
J'avoue que tu as raison mais tu as tort de dire que...
Je reconnais facilement le pleutre dans un débat au nombre de mais qui parsème son discours. Commode attitude de rester mesuré comme si la vérité se trouvait toujours au milieu. C'est l'idéologie du moment; ni de gauche, ni de droite, du centre. Ni homme, ni femme, juste femmelette. Ni putes, ni soumises, simplement vendues au marché. C'est l'époque et son cortège de nuances. Soyons nuancés, mon cul ! Et à force de mesure, de tempérance, on en arrive à des discours vides, sans forme ni fonds, sans aucune force sinon celle de l'émotion, l'autre opium du moment.
Le mais tire vers le bas car l'énonciation d'idées est réduite à sa plus simple expression : l'énonciation. Aucun développement n'est toléré. Développer c'est provoquer. Provoquer, c'est pas bien. Ainsi, provocateur est synonyme d'extrémiste, intolérant, agité, fauteur de troubles. Le mot a perdu sa connotation positive, subversive pour devenir une injure.
Mais. 4 lettres qui offrent à son utilisateur un bouclier envers l'hallali général. A chaque confrontation, il suffit de préparer ses mais. L'argumentation, la rationalité, le raisonnement, rien à cirer. Pratique. Mais vous sortira toujours des emmerdes. Efficace. Mais, la dernière balle du shérif.
Mais est une conjonction de coordination en français. Selon wiki; En grammaire, une conjonction de coordination est une catégorie grammaticale désignant un mot-outil invariable, établissant une relation de coordination entre deux éléments (deux mots, deux syntagmes, deux propositions, ou même, deux phrases), de même nature, et surtout, de même fonction syntaxique.
Dans le débat, c'est désormais une conjonction d'annulation. Lorsqu'ils ont mis le mais, ils ont activé le cran de sureté. Il leur suffit de citer un contre-exemple, en général modique, pour annuler l'argumentation de leur contradicteur. Seulement, ils n'apportent aucune contre argumentation. La démonstration est déjà faite. Ils ont le mais donc protégés, ils ont donné les gages. Vous êtes K-O debout.
Le mais évite les procès, les injures, les agressions, les disparitions. Mais, l'une des meilleures inventions de la langue française. Mais, le protège-couilles idéal. Conséquence de cet état de fait, tous les parcimonieux du mais sont des extrémistes, égorgeurs de sentimentalisme niais et de bonnes belles valeurs communes. Vous êtes catégorique, borné, illuminé, prétentieux, vaniteux, puéril, original...
Sur la courbe de Gauss, vous êtes encore au pied de la cloche. Et ça, c'est dangereux dans ce temple de la convenance, de la mesure, de la compréhension, de l'entregent. Nous sommes tous devenus ambassadeurs, de l'intérêt général. Négocier, parlementer, entendre, accepter sans rejeter, rejeter sans choquer, ménager ... Mimétisme abêtissant.
Et le verbe s'est étiolé en des suites continues de mais. Il y' a tellement de personnes dont je ne sais plus ce qu'ils pensent. Des inconditionnels du mais, comme cette connasse qui m'a sorti une belle, hier soir :
Je t'aime ... Mais... Mais bon... Mais... Mais j'ai rencontré quelqu'un, ... C'est sérieux... Tu peux comprendre, non ?
Sacrée bonne femme ! De plus en plus féminine. De plus en plus belle. De plus en plus stupide. A croire que je ne rencontre que des top-models au chômage.
Et des salopes. Le matin, dans le métro, dans la rue, au resto, devant ma télé, partout et tout le temps. Un déluge de styles toutes plus désirables les unes que les autres, des simili putes aux managers killeuses en passant par les quadra croqueuses d'hommes et de Sérélys. Elles sont toutes plus belles. Dans mon milieu. Même les hommes sont plus beaux. Et pourtant, ce n'est pas la télévision ou la communication. Vous savez, ces lieux où pullulent des mannequins parlants. Temple du parasitisme, du népotisme, de la bêtise et de l'entregent. Le pays des mais.
A croire que lorsqu'un secteur est plein de personnes belles, on n'y vend que du vent. Que de journalistes jeunes et blondes ! Face à Michel Denisot, Ali baddou, lolitas et niaiseries du Grand Journal, le pauvre Apathie passe pour Quasimodo ! Il n'est pas si laid, enfin !
Et pourtant, les caresse-anus politiques sont de plus en plus beaux. Belles, devrais-je dire. Les doubles mentons sont abandonnés sur le billard pour le bien de toutes ces ménagères. Les politiques sont si beaux maintenant. En effet, la présence d'un Melenchon dans ce shooting permanent de jeunes esthètes nommé les quadras du parti socialiste, m'aurait paru incongrue. Il a rejoint le camp de ceux qui lui ressemblent. Sage décision.
Il est à observer que tous ces milieux véhiculent très peu de concepts. L'expression il faut bien meubler à la télévision trouve tout son sens et doit nous interroger sur la place de la beauté dans notre société.
Que des métiers de peu de valeurs comme ceux de la représentation, le mannequinat, le journalisme, le cinéma, soient infestées par ce fléau de l'éphèbe idiot, n'est finalement pas si grave pour la société. Après tout, c'est l'air du temps. Canal+ diffuse du catch à la télé ce soir. Je crois.
Ce qui est véritablement préoccupant, c'est la place que prend la beauté physique dans des secteurs de production ou technique comme l'informatique ou les assurances... Plus ils sont beaux, plus ils nous vendent du sourire.
Des sociologues devraient nous renseigner sur la pérennité de ces secteurs d'activités en France en fonction de l'apparence physique. La tertiarisation de la société occidentale est une évidence pour tous les observateurs.
Et si l'esthétisation de la tertiarisation était un marqueur visible de la vacuité de ces domaines économiques ? La nuée de mouches qui confirme l'état de putréfaction d'un secteur ?
Le fait qu'un crétin paie une sculpture à la con, 100 millions d'euros chez Sotheby's, est-il une preuve de la bonne santé du marché de l'art ou la pustule fétide d'un capitalisme écervelé qui fait de l'or avec de l'aluminium comme les hollandais en faisaient avec des tulipes ?
J'ai prévu de oindre un chihuahua avec de l'huile moteur et de l'empailler. Dans 40 piges, qui sait, cela pourrait être une œuvre d'art ! Le chihuahua oint de Pazou - Il y' aura bien un vieux gâteux pour aligner quelques billets de 500 à mes petits-fils et saluer ma haute créativité artistique.
Plus un secteur économique regorge de personnes belles, moins ce secteur innove, recherche, crée. Je le pressens. Des chercheurs ont probablement dû travailler sur la beauté dans l'entreprise et je serais curieux d'en savoir plus.
Ils nous abreuvent de sondages sur la condition de la femme en France. Tiens, Barrack Obama chante au Zapping de Canal + et Pékin table déjà sur une croissance de 9,5% pour 2010. C'est sûr qu'ils ne souriront pas de sitôt dans les usines de Shenzhen.
Petit, s'il y' a trop de blondes, trop de beaux dans les bureaux, sauves ton cerveau, changes de monde.
Mon plan de carrière : travailler avec les laids. Ils sont plus revanchards. Il est de bon ton de ne jamais attaquer les gens sur leur aspect physique. Pour autant, nous savons tous le rôle que joue l'apparence sur une vie ou une carrière. Si Napoléon était grand, il serait très probablement personne. L'œil gauchisant de Jean Jouzel en dit long sur sa passion pour le climat. C'est ainsi et le nier revient à laisser croire que de notre volonté seule dépend notre trajectoire dans la vie. Fadaises !
Selon moi, la détermination est juste un booster, un accélérateur de carrière. L'aspect physique, notamment la laideur, est le véritable carburant. Certains l'utilisent pour s'élever dans la société comme Toussaint Louverture, d'autres pour baiser comme Serge Gainsbourg, ou encore pour réussir leurs vies comme Sir Winston Churchill. L'effort est sans doute plus violent mais le résultat est à la hauteur de cette impulsion.
Les belles personnes font rarement des exploits car leur cheminement n'a rien d'escarpé. Villepin en est l'illustration vivante. Leur progression est davantage plus régulière. Mini Maty, au-delà de la stupidité de son rôle d'ange ne serait pas ce qu'elle est sans son hideur. Michel Petrucciani aussi. Karl Lagerfeld itou.
Les moches ont l'envie et leur réussite n'est que plus belle. La recherche de la beauté, c'est le début de la fin. La beauté corrompt. La beauté abaisse. La beauté avilit. La beauté régresse.
La véritable chance dans la vie est d'être moche.
Ne soyez pas nuancé, soyez laid !
Magson de Pazou