[Prélude

http://www.youtube.com/watch?v=FBanU-AHMqg]



J’ai décidé de gracier une dinde. Comme Barrack à Thanksgiving. A l'approche des fêtes, je tiens à épargner cette vieille potiche de Massenet. L’heure est à l'allégresse, à la mansuétude, à la compréhension. Je souhaite m’intégrer dans cette nouvelle dynamique pendant qu’il est encore temps.

Comme Agassi qui veut s’acheter une conscience, un miroir et quelques heures de sommeil en plus ; les billets, les honneurs et les trophées tous empoussiérés dans son immense coffre-fort ignifuge à serrure à combinaison appelé mansion ou manoir à Las Vegas. Ou encore, le sempiternel espoir Gasquet, blanchi par le tribunal arbitral du tennis, qui aura désormais une excellente raison pour justifier ses perpétuelles sous-performances sportives : j’étais sur les bons rails, ils me les ont sniffé ! L’honneur est sauf.

Pour Tiger Woods, Tigre des bois, devenu Tiger Churches, Tigre d’églises, en quelques coups de griffes malencontreux dans son contrat nuptial. L’honneur est sauf.

L’heure est sans doute à la piété et le retour du fils prodigue Dray au foyer socialiste sera fêté comme il se doit par ses frères aînés, qui lui ont toujours témoigné une foi inébranlable et une solidarité à toute épreuve. Pour eux, sa grippe judiciaire, longue et pénible, était probablement aussi contagieuse que sa fièvre médiatique. Julien s’est auto immunisé et a guéri. C’est un porteur sain qui est de nouveau fréquentable.
Contrairement à Georges Frêche, le fils insolent, qui avait osé s’attaquer à Yahvé Mitterrand au faîte de sa splendeur avec La France ligotée (Belfond - 1990). Il a été chassé de l’Eden socialiste pour des propos jugés non compatibles avec les valeurs d'égalité et de respect des droits humains. En gros, il est raciste.

Il faudrait d’abord rappeler à ces crétins que Frêche s’adressait à des harkis sympathisants UMP en les qualifiant de sous-hommes. Depuis, il a été relâché par la justice. On peut déplorer la finesse de l’injure publique mais qui n’a jamais insulté ses contradicteurs ou opposants politiques ? Cela n’impliquait pas de s’en débarrasser bêtement comme une vieille tafiole émasculée et éclopée, surtout quand on sait ce qu’il pèse et ce qu’il vaut.


On lui reproche son potentat montpelliérain. Il faudrait en faire autant et avec la même vigueur pour les autres effendis ; Menucci, Collomb, ou Vauzelle. C’est l’un des rares courageux dans ce parti de nymphettes à n’avoir pas baisser son froc devant Mitterrand, a avoir prévenu Jospin de son naufrage politique et a avoir battu le rappel des troupes pour soutenir la candidate Royal aux dernières présidentielles.

Il aurait affirmé qu’il y’a trop de noirs au sein de l'équipe de France de football. Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas s’en rendre compte. Si je déclarais qu’il y’a trop de blancs dans l’équipe de France de hockey sur glace, serais-je raciste ?


Et alors qu’il est très malade, souffreteux et surtout très proche de la sortie, Martine aurait pu faire preuve de vista. Comme Domenech, elle a loupé une occasion de briller et conforter son image de présidentiable auprès de l’agora à peu de frais. Il lui aurait suffi d’apporter soit son appui clair et ferme en le réintégrant au conseil national et en le soutenant aux régionales, soit son désaveu clair et ferme en se désolidarisant de sa candidature et en montant une liste vouée à l’échec immédiat mais préparatrice de l’après-Frêche (sachant que la première option est largement préférable car la régence de Frêche a été très profitable et de haute qualité, il n’ y’ aurait pas de quoi en avoir honte).

Elle aurait tiré les marrons du feu au moment venu. Car, que risquait-elle finalement ? Professeur émérite, la nomenklatura politichienne plaint son vocabulaire graveleux mais il détonne et plait à l’homme de la rue. Les languedociens adorent leur président septimanéen, les adhérents PS locaux lui sont restés loyaux malgré les décisions centrales, les français aiment sa grande gueule et la justice lui a donné raison. Il fallait juste se baisser pour ramasser ses voix et sa reconnaissance.

Néanmoins, quelque soit son choix, il s’agissait de gérer l’avenir car Frêche est indélogeable. Par contre, lorsqu’il disparaîtra de la scène et on pourrait croire à son imminence (72 ans, très malade, mégalomane), le PS aurait eu tout à gagner à se réclamer de lui ou à montrer aux électeurs qu’avant son oraison funèbre, ils étaient contre sa vision politique.

Elle aura choisi la troisième voie, la plus stupide, condamnant à un exploit quasi zappateriste, le renouvèlement socialiste de la région après George ; se désolidariser de lui et ne pas présenter de liste alternative. Les éléphants se trompent énormément (Balland – 2003). Le prophète Frêche avait déjà tout dit.


J’essaie péniblement de comprendre et je m’instruis. L’histoire se découvre, la mémoire s’estompe, et se révèlent des personnes d’une rare qualité intellectuelle. J’ai toujours détesté toutes les formes de noblesse, l’entrepreneur étant pour moi la seule figure véritablement respectable de notre époque. L’atavisme, le népotisme et la loi d’airain sont des particularismes qui fondent la société française. La consanguinité résultante secrète aujourd’hui des tarés qui abaissent lamentablement le niveau de la réflexion et le dépassement de soi. Ce discours est facilement vérifiable dans tous les secteurs majeurs de l’activité sociopolitique.

Et pourtant, j’ai dû m’incliner devant Sir Winston Leonard Spencer-Churchill et le Feld-maréchal Erich Von Manstein né Erich Von Lewinski. Ils ne sont pas seulement grands, ils sont réellement moches, taciturnes, et communs. Comme nous. Et c'est cela qui rehausse leur grandeur.

Si on devait juger nos politiques à l'aune de la laideur de Churchill, nous aurions à faire à des mannequins. Si l'on doit les juger à l'aune de son talent, nous avons toujours à faire à des mannequins. Gloire à la laideur qui élève et n'avilit jamais la réussite !
Dans cent ans, ils retrouveront leurs rangs dans les manuels d'histoire et les cours. La faute à la petitesse de l’époque qui n’a pas su, ou voulu, leur rendre les honneurs qui leur sont dus. Je ne réclame pas de statues pour ces monuments. Ils se suffisent à eux-mêmes. Simplement, qu’on les étudie, qu’on les vulgarise, qu’on les reconnaisse.


Je ne m’attarderai pas sur Churchill dont le génie est inversement proportionnelle au silence tonitruant imposé par les élites politiques françaises sur sa qualité et son œuvre. On devrait consacrer des émissions radio-télévisées et manifestations spéciales tous les 24 janvier pour l'honorer.
On bande sur Roosevelt, on crache sur Staline et on oublie Churchill. Il devrait avoir la même présence médiatique que Napoléon. La deuxième guerre mondiale, c’est Churchill. Il évoque encore quelques rares souvenirs à de sales moutons amnésiques lobotomisés par le Bigdil, les décolletés de Massenet et la Burqa. Et pourtant, on lui doit tous de ne pas rêver en allemand. Même De Gaulle.


Le génie militaire de Von Manstein a été dévoyé par le nazisme et l’image exécrable d’Hitler. Et pourtant, comprendre Manstein, c’est connaître Hitler, qui soit dit en passant, était un stratège militaire d'une nullité infinie. Il aurait voulu être comparé à Napoléon, Frédéric le Grand ou Hindenburg. Il était juste caporal.

En réalité, il a été la cause principale de l’échec de la Wehrmark pendant la deuxième guerre mondiale par sa politique de non-repli stupide et son incompétence tragique. Il faut donner à César ce qui appartient à César et à Dieu, ce qui appartient à Dieu. Il a raté sa guerre car il n’a jamais voulu remettre les clés de l’armée allemande à son plus brillant général, Von Manstein. Petit et lâche jusqu'au bout.

Et pourtant, qui connaît Von Manstein ? Les militaires en tout cas le connaissent très bien. Les français se souviennent du coup de la faucille mais pas de son auteur. Les français ont piteusement découvert la guerre de mouvement mais ne savent pas qui en est l’instigateur. Les français exaltent le génie militaire du Général De Gaulle mais oublient d’étudier celui qui est à l’origine de son exil britannique.
De Gaulle, avant d’être le sauveur de la France, a été le prescripteur de Von Manstein. En effet, il était l’auteur d’un livre sur la guerre de mouvement (combinaison de chars d’assaut et des attaques aériennes) qui inspira d’abord Le feld-maréchal Guderian puis Von Manstein dans leurs préparatifs de la bataille de France. L’histoire lui a donné raison.

Hitler n’a pas perdu la guerre mondiale, Churchill l’a gagnée. La France n’a pas perdu la guerre, Von Manstein l’a gagnée. Comme il mènera triomphalement d’autres batailles demeurées des cas d’études dans toutes les écoles militaires dignes de ce nom. Il gagne à être connu et l’histoire lui rendra justice quand les effluves de la passion se seront evaporés. La capture de la forteresse de Sébastopol, c’est lui. Le coup de revers de Kharkov ou la bataille de Koursk, c’est lui. La gestion des retraites allemandes, la stabilisation et l’application de la technique de guerre défense active prônée par Clausewitz (faire reculer les troupes militaires pour laisser croire à l’ennemi qu’on fuit et contre attaquer massivement sur des points névralgiques pour rompre les encerclements et asséner des coups importants au moral de l’ennemi), c’est encore lui.

Apprécié à sa juste valeur par ses supérieurs, ses collègues, ses soldats, et même ses ennemis, Von Manstein par son brio stratégique aura marqué de son intelligence l’histoire militaire et c’est probablement faire preuve de lucidité de reconnaître que si Hitler lui avait laissé son commandement, la défaite allemande n’aurait pas été aussi cuisante.

Je ne peux que vous exhorter à vous précipiter sur l’excellent livre de Benoît Lemay, Erich von Manstein. Le stratège de Hitler – (Editions Perrin) qui met en lumière, un homme d’une intelligence extrême, ambigu par ses origines, ses agissements et son attitude durant la guerre. Il n’était pas fréquentable. Il méritait plusieurs fois la mort pour son aveuglement idéologique et ses décisions meurtrières. Son antibolchevisme éhonté lui a fait cautionner des exactions inexcusables. On peut le déplorer. Déplorer qu’il n’ait pas été dans le camp des vainqueurs. Déplorer qu'il n'ait pas été plus lucide face au nazisme. C'est comme cela. C’était un soldat. C'était Von Manstein.


Compliqué d'exiger d'un prussien de faire l'expérience de la commisération. C'est la troisième fois en une semaine qu'une femme me demande de l'aider à porter ses bagages. En effet, ils ont innové à la gare de Saint-Lazare avec une passerelle mal pensée, étroite et sans escalators, contraignant les voyageurs à gravir des marches nombreuses et porter leurs valises sur un parcours plus long et très pentu. Ces femmes ont très rapidement oublié leur égalitarisme forcené, triomphant et sourient. Avec un ou deux sacs en plus, elles auraient été prêtes à redéfinir le féminisme. Je leur ai poliment dit d'appeler Alonso, Autain ou encore Steevy.

Je ne suis pas samaritain. Je ne suis pas bon. Je suis humain et en ces temps de grands froids, toute minute en trop sur mon trajet est une minute en moins dans les fesses de ma pinette. A chacun ses batailles.

Magson de Pazou