Et un jour, il eut Jeannette Vromant !
Par Magson de Pazou le jeudi, septembre 24 2009, 16:18 - Société - Lien permanent
[Prélude
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Nous hériterons tous de Vromant. Nous hériterons tous de ces mémés qui crèvent seules, isolées de la société comme des piles usagées jetées dans une caisse au supermarché sans que l'on ne se soucie jamais de savoir comment elles seront recyclées. Vieilles et seules, caractéristiques de cette couche de la population que nous aimons tous citer en exemple, en exemple seulement.
A nous leurs pognons, leurs maisons, leurs bagnoles, leurs bijoux bref, leurs avoirs car si elles guérissent mieux désormais, elles vieillissent toujours aussi mal. A quoi leur servirait le Botox si c’est pour rester cloître chez soi, devant Lepers en espérant que ses enfants daignent leur passer un coup de fil, une fois par trimestre, quand ce n’est pas pour leur annoncer qu’ils ont des problèmes financiers ?
Cash, money, les vieux ont la caillasse, leurs rejetons ont le rouleau, ils compressent ! Et moi, je suis mort de rire. Car, tenez – le pour dit, il y’a de l’héritage dans l’air. Le prochain vrai business sera celui de causeur public. Pour l’instant, je fais un test marketing pour conforter mon intuition. J’ai passé une annonce : jeune homme propose de tenir la conversation à des personnes isolées pour les aider à agrémenter leurs journées et à profiter de leurs instants de retraite contre rémunérations ou compensations. Au programme, conversations à domicile. Je suis causeur public et aucune activité illégale comme la prostitution ne rentre dans le cadre de mes activités. Mon métier est de vous parler et surtout de vous écouter. Contactez-moi au 00 01 02 03 04.
J’attends les appels.
Ma sollicitude à la rescousse de leur solitude. Elle aura désormais un prix. Que de vieux à couvrir de délicatesses ! J'étais destiné à un avenir en vermeil. Parler avec eux pour les sortir de la frugalité, la vacuité de leurs existences. Ils finissent à l’hospice, oubliés des leurs qui n’attendent que leurs trépas pour se précipiter sur leur pécule. Nous le partagerons dorénavant ensemble.
Plus besoin d’arracher le sac des vieilles, tenez-le pour elles et elles vous sauront gré de leur avoir consacré de l’attention. Mon business plan est déjà prêt.
Nul besoin aussi de qualifications importantes, parler français à peu près correctement devrait suffire.
Comme cette vieille que j’ai vue dans le tram, accrochée tout le long de son périple à une jeune fille en hijab entrain de faire des mots croisés. Elle n’a pas cessé de la saouler avec ses réflexions stupides, ses remarques, ses rires et sa volonté envahissante de parler à quelqu’un. Elle respirait l’ennui. Toute la rame était gênée. Et lorsqu’elle est finalement descendue, j’ai ressenti le ouf de soulagement des passagers, enfin débarrassés de cette intrusion collante dans leurs vies.
Probablement son unique sortie de la semaine ; aller faire des courses et profiter de cet intermède pour essayer désespérément de capter l’attention des autres. La dame d’en face m’a même souri.
Et j’ai compris. Ils sont mûrs ! Ils sont prêts à payer pour qu’on leur évite ce genre de désagréments. Et les débouchés sont énormes. L’Europe, les vieux, c’est quasiment un pléonasme. Autant en profiter. J’ai pensé à Vromant et au bol d'air d’humanité qu’elle devait prendre au contact des conducteurs de bus.
Ou encore cette dame lituanienne qui habitait mon étage, jadis, et ne pouvait s’empêcher de nous attendre au couloir, le soir, heureuse qu’on lui adressât quelques mots gentils. Bonsoir, madame ! Deux mots ; seules fenêtres sur le monde. Elle s’en est allée comme elle était venue. C’est dur d’être seul.
Plus de vieux, plus d’isolement : c’est un marché. Pathétique. Dégueulasse certes ! Profitable, assurément ! Ce n’est pas de ma faute. Ni de la vôtre d’ailleurs. C’est l’époque. Il y’a un filon, il faut l’exploiter. Avant que les chinois ne le fassent. Je m’en méfie. Au regard de la longévité de leurs ascendants, ils ont du métier et ça, ce serait néfaste pour mon business. En plus, dans cette période difficile, je participe à l’effort économique et à la cohésion sociale ; cela permettrait aux familles bobos si open-minded, de mettre du beur dans les manoirs.
Et demain, il n’ y’ aura pas que les Vromant pour vous remercier de votre présence, votre écoute, votre attention en vous accouchant dans leurs testaments. Nouvelle vie assurée.
Bénef clinquant immédiat, investissement astucieux garanti. En plus de cela, vous faites une bonne action. C’est quasiment de l’économie écologique durable. Une manière verte de préserver la nature. Enrichissement des bourses et de l’esprit, croyez-moi, à coups sûr, vous en sortirez grandis.
Qui sait ! Les actionnaires de sociétés de causeurs publics pourront terminer avec des médailles d’honneur pour services rendus à la nation.
Nous allons pouvoir faire du bien autour de nous. Merci à toi, O grand capitalisme !
Mon slogan est presque trouvé : Les Vromanteries, nos causeries à petits prix !
Qui me suit ?
Magson de Pazou