Une semaine d'horreur. Pas de doute, le SIDA tue !
Par Magson de Pazou le mercredi, mars 11 2009, 14:08 - A la une - Lien permanent
[Prélude
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Il n'y'a pas pire peur que celle d'être porteur du VIH. Une semaine de supplices, à faire semblant, à sourire, à discuter et communiquer avec des collègues, à afficher un fighting spirit envahissant et manifester sa splendeur sociale aux yeux des badauds croisés dans la rue. La belle veste, le regard hautain, la chemise au col dressé, les Weston aux pieds, je suis la réussite professionnelle personnifiée et ça se voit. Ce qui ne se voit pas en revanche, c'est l'appréhension permanente qui régit mes pas, l'esprit qui scrute les moindres changements de son corps. Un bouton qui apparaît et c'est sûr, je suis au stade clinique 2 avec des manifestations cutanées résultat du massacre de mes lymphocytes. Des flatulences, une diarrhée, la toux et il devient évident dans mon esprit que je serai le prochain africain qui gonflera les stats de la prévalence de cette pandémie. Des douleurs stomacales, des céphalées et je suis foutu. Je suis condamné depuis plusieurs années par la crainte de cette maladie qui me pourrit l'esprit comme des TOC, j'y pense tout le temps, aussi souvent que je croise une femme dans la rue.
Baiser aujourd'hui, c'est jouer à la roulette russe. En France, 50% des atteints sont d'origine africaine. Des faits terribles, accablants qui me poussent aujourd'hui à éviter de cracher dans la chatte de mes sœurs. La parano me pousse même à croire qu'il faudrait que chacun marche avec un test de dépistage comme pré-requis de toute drague. Salut, je m'appelle Thierry. Je suis séronégatif depuis le 12 mai 2008 et toi ?
J'adore baiser et comme tout jeune con qui joue avec la vie, je joue avec la mienne depuis quelques années en défonçant allègrement les vulves de ma belle chaire, sans atermoiements ni scrupules. Mes draps s'en souviennent toujours. Certaines s'en souviennent encore. Une libido extrême, fruit d'années de fantasmes, de frustrations, d'échecs et je besogne, proprement. Sans états d'âme. De tout. Peu regardant sur le physique et tous les stéréotypes culturo-esthétiques qui toutouisent ces dames de plus en plus, malheureusement. En effet, comme vous le savez si bien, on n'a pas besoin d'eau potable pour éteindre un incendie !
Et puis, j'ai découvert pendant mes années adolescentes que j'étais un véritable dépotoir ambulant : infections urinaires, chlamydia, herpès, syphilis, ... Il a fallu se rendre à l'évidence pour la première fois de ma vie : j'avais peut-être le SIDA! Surtout que chez moi, c'est une maladie aussi répulsive que l'injure d'antisémitisme qui bunkerise toute personne en France ayant l'outrecuidance de mettre en cause la politique israélienne en Palestine. Il n'y a pas pire sacrilège.
J'ai fait mon premier test à 16 ans et je me rappelle encore de l'angoisse qui m'a habité. Des nuits sans sommeil, des regrets, des remises en question, des scénarii néfastes et mortifères, le dégoût des femmes, j'ai même invoqué JC tous les soirs afin qu'il me protège du Système Inventé pour Décourager les Africains. Et quand je me suis approché de l'hosto le jour fatidique pour avoir mon sérodiagnostic, pris d'émotions incontrôlables, j'ai chialé.
Séro......... ! Vous ne savez pas ce que cela fait de se l'entendre dire dans ce climat de psychose. C'est comme si votre femme vous disait après 10 ans de mariage que vous lui avez enfin fait atteindre l'orgasme.
Pas de vaccin, pas de traitement curatif, une opprobre sociétale, un coût financier et sociale important, une injure à la vie. Se protéger ! Quand mon 17 envoie les gaz, mon cerveau se met en mode planeur! Faire confiance à une femme, impossible, trop dur ! Finir ascète, une philosophie de vie morbide et illusionniste ! Se masturber, pauvre, pas vraiment glorieux et une chatte, y' a rien de meilleur! Alors, je me gonfle de résolutions et de sang, et je repars au front et au cul ! Jeune et con.
Le SIDA tue. Je le sais. Comme vous. Enfin, je vous le souhaite ! Le verdict et notamment l'attente du verdict, sont douloureux et le résultat à la hauteur de ce supplice.Une semaine de doutes ! Il n'y a pas meilleur antidote à l'inconscience des ados ! L'attente du résultat est une expérience indélébile pour tous : séropositifs, séronégatifs.
Quelle solution je vous préconiserais ? Aucune. Après tout, le SIDA est une maladie comme toutes les maladies : il tue. Et, avoir le SIDA ne vous exonère pas de crever au coin de la rue à la suite d'une agression ou d'un accident. Aujourd'hui, on en arrive à souhaiter mourir autrement que via le SIDA. Comme s'il y' avait des échelles de mort avec au sommet, le SIDA et au pied, le paludisme.
C'est juste une maladie qui ne se soigne pas. Comme de milliers de maladies, handicapantes, paralysantes, meurtrissantes, tuantes. Victimes de sa queue et de ses hormones. Simplement humain. On peut l'éviter assurément, mais on vivra avec. Comme on a vécu avec la peste, la syphilis, la lèpre, le choléra, la tuberculose... De là à terminer comme un légume avarié !
A chaque fois que vous chausserez vos gants, que vous tremperez votre pinceau, vous remettrez votre titre en jeu : vous serez séro............ Et ça déjà, c'est une pression permanente, une prison.
Je ne sais pas comment j'aurais réagi si le résultat avait été différent. Aurais-je recontacté les filles que j'ai baisé ? Aurais-je informé mes proches ? Aurais-je continué de baiser ? Me serais-je protégé ou laissé aller ? Qu'aurais-je fait ? Je ne sais pas...Encore.
Comme si, finalement, l'apaisement vient quand on est infecté. Cercle vicieux!
Magson de Pazou