[Prélude

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L’entreprise, ce sketch. Ces collègues qui font semblant de travailler et se cooptent pour ne pas se retrouver seul comme des pestiférés. L’entreprise, qu’elle est belle et cruelle. Une expérience exaltante dont je garde le meilleur. Un palais de faux-cul, un temple de l’ignorance et des faux-semblants, un jardin de crétins et de bonimenteurs qui rêvent tous d’être califes à la place du calife, une terre d’intolérance, d’hypocrisie et de vilénie, où avancent ceux qui savent bien sucés et celles qui lèchent à merveille. L’entreprise, la belle carotte pour asservir de frêles oies et les avilir. Que de blondes qui réussissent aujourd’hui. On devrait faire une étude pour expliquer le lien assez fort qui existe entre physique et avancée professionnelle. Dans l’entreprise, tout le monde est beau. Même les crapauds font des efforts pour se fondre dans la masse.

L’entreprise n’est intéressante que lorsqu’on occupe des postes à responsabilités. Etre chef de n’importe quoi et toutes les stagiaires vous adoreront. Que de suceuses croisées ! D’immondes incapables recroisés ! De vilaines intelligentes aux jambes toujours décroisées ! Toutes ces poses lascives et ces sourires aguicheurs ! Tous ces gestes de tendresse et ces regards amoureux ! Toute cette attention et ce commérage institutionnalisé ! C’est beau l’entreprise car c’est la vie. J’en ai vu dans ma courte expérience d’employé de toutes les couleurs mais celles qui m’ont toujours sauté à l’œil c’est cette propension des chefs à s’entourer de clones béni oui- oui sympathiques fieffés lécheurs ! Dans la boîte, ou tu lèches ou tu suces ! Plus tu le fais, et plus travailleur tu es. Tu es apprécié. Tu te fais à ton tour courtisé et tu goûtes aux joies de la lèche. C’est d’abord ça l’entreprise, un théâtre. Et ce n’est pas tant l’argent qui plaît dans cette zone que tous ces à – côté certes plaisants quand on fait partie des cadres prometteurs. L’entreprise c’est l’histoire du succès. Elle n’accepte que les gens qui sourient, qui réussissent, qui sont beaux et agréables, qui savent blaguer, qui restent souriants et positifs...

L’entreprise, je l’aime car elle permet à tout un chacun d’assouvir sa perversité. Comme je suis pervers, je l’adore. J’aime l’entreprise car c’est le seul endroit où tu peux obtenir le respect des autres, où tu peux devenir riche grâce à ton travail. C’est une scène où les meilleurs s’en sortent toujours. J’aime toutes les entreprises et surtout les plus petites. C’est parfois convivial, c’est toujours sanguin, c’est la vie et c’est beau. Même dans la lâcheté, l’hypocrisie, la méchanceté, la jalousie, la haine… c’est toujours si beau que ça en devient agréable. Aimes ton entreprise jeune homme et crèves sur les chaînes pour elle, pour l’actionnaire, pour ton salaire, pour la gloire, pour le respect. On travaille tous pour cela. Certains pour bouffer d’autres pour se faire bouffer les miquettes. Mais à la fin de la journée, quelque soit la fatigue et la lassitude qui nous envahit, on rêve toujours de s’y retrouver le lendemain. Demander aux retraités combien ils se font chier dans leurs pavillons et leurs maisons de retraite décrépies ? C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de créer la mienne.

Magson de Pazou